# Démission : vaut-il mieux poser ses congés ou se les faire payer ?

Lorsque vous envisagez de quitter votre emploi, la gestion de vos congés payés acquis devient une question stratégique aux implications financières et fiscales importantes. Cette décision, qui peut sembler anodine au premier abord, influence directement votre pouvoir d’achat immédiat, votre charge fiscale et même l’organisation de votre transition professionnelle. Avec un dispositif législatif précis encadrant les modalités de rupture du contrat de travail, comprendre les mécanismes d’indemnisation et leurs conséquences permet d’optimiser votre situation personnelle. Entre prise effective des jours de repos et perception d’une indemnité compensatrice, chaque option présente des avantages distincts selon votre profil professionnel et vos objectifs.

Cadre juridique des congés payés lors de la rupture du contrat de travail

Le droit français établit un cadre rigoureux concernant le traitement des congés payés non pris au moment de la cessation du contrat de travail. Cette réglementation s’applique quelle que soit la nature de la rupture, garantissant aux salariés la préservation de leurs droits acquis durant la période d’emploi. La législation sociale française considère les congés payés comme un droit fondamental du salarié, fruit de son activité professionnelle, qui ne peut être perdu du simple fait de la séparation avec l’employeur.

Article L3141-26 du code du travail sur l’indemnité compensatrice de congés payés

L’article L3141-26 du Code du travail constitue le pilier législatif régissant l’indemnisation des congés payés non pris. Ce texte établit sans ambiguïté qu’à la rupture du contrat de travail, le salarié a droit à une indemnité compensatrice correspondant aux congés acquis et non pris. Cette disposition s’applique automatiquement, sans nécessiter d’accord préalable ou de négociation entre les parties. L’employeur ne peut s’y soustraire sous aucun prétexte, même en cas de départ pour faute grave ou lourde, depuis l’évolution jurisprudentielle de 2009. Le montant de cette indemnité doit figurer explicitement sur le bulletin de solde de tout compte, garantissant ainsi la transparence du calcul et permettant au salarié de vérifier la conformité du versement.

Calcul de la provision pour congés payés selon la méthode du dixième

La détermination du montant de l’indemnité compensatrice de congés payés repose sur deux méthodes de calcul distinctes, l’employeur devant obligatoirement appliquer celle qui s’avère la plus favorable au salarié. La première méthode, dite du maintien de salaire, consiste à verser l’équivalent de la rémunération que vous auriez perçue si vous aviez effectivement pris vos congés. La seconde méthode, appelée règle du dixième, calcule l’indemnité en divisant par dix la rémunération brute totale perçue durant la période de référence (généralement du 1er juin de l’année précédente au 31 mai de l’année en cours). Cette formule intègre non seulement le salaire de base, mais également les primes, les heures supplémentaires et tous les éléments de rémunération variable. Pour un salaire annuel brut de 36 000 euros avec 10 jours de congés non pris, la méthode du dixième donnerait : (36 000 / 10) = 3 600 euros pour 25 jours ouvrables, soit 1 440 euros pour 10 jours.

Distinction entre démission, licenciement et rup

Distinction entre démission, licenciement et rupture conventionnelle

Si les règles d’indemnité compensatrice de congés payés sont communes, les contextes de démission, de licenciement et de rupture conventionnelle entraînent des enjeux différents pour le salarié. En cas de démission, l’initiative de la rupture vous appartient : vous n’avez pas droit à une indemnité de rupture, mais vos congés payés non pris doivent tout de même être intégralement payés. En cas de licenciement, vous percevez en plus, selon les cas, une indemnité de licenciement et parfois un préavis non effectué. Dans le cadre d’une rupture conventionnelle homologuée, l’indemnité spécifique vient s’ajouter à l’ICCP, ce qui peut modifier l’arbitrage entre prendre vos congés ou vous les faire payer, notamment sur le plan fiscal.

Sur le plan strictement juridique, le principe est donc identique : quel que soit le mode de rupture, les droits à congés acquis et non pris donnent lieu au versement d’une indemnité compensatrice. En pratique cependant, la stratégie de gestion des congés payés va dépendre de vos projets (reprise d’un emploi, création d’entreprise, période sans activité) et de vos besoins de trésorerie à court terme. Par exemple, un salarié licencié qui sait qu’il va mettre du temps à retrouver un emploi aura parfois intérêt à se faire payer ses congés pour augmenter son capital de départ, là où un salarié démissionnaire pour un nouvel emploi pourra préférer s’octroyer une période de repos avant de démarrer son nouveau poste.

Jurisprudence de la cour de cassation sur les congés non pris

La Cour de cassation a largement consolidé la protection du salarié en matière de congés non pris. Elle rappelle régulièrement que l’employeur a une obligation de faire prendre les congés payés et qu’il ne peut se retrancher derrière l’inertie du salarié pour refuser le paiement de l’indemnité compensatrice. Plusieurs décisions ont ainsi condamné des employeurs qui n’avaient pas informé clairement les salariés de leurs droits ou n’avaient pas organisé la prise effective des congés au cours de la relation de travail.

En outre, la Haute juridiction s’est alignée sur la jurisprudence européenne en reconnaissant que des périodes d’arrêt maladie, notamment professionnelle, peuvent ouvrir droit à l’acquisition de congés payés. Dans ces situations, l’indemnité compensatrice de congés payés à la rupture peut être plus élevée que ce que l’employeur avait initialement envisagé. Vous avez donc tout intérêt à vérifier vos bulletins de paie et vos soldes de congés avant de choisir entre prise de congés et indemnisation, surtout si vous avez connu des arrêts longs ou répétés.

Analyse comparative : prise effective des congés versus indemnisation financière

Poser vos congés payés avant votre départ ou vous les faire payer dans le solde de tout compte n’a pas le même impact, même si, sur le papier, le montant brut peut être proche. Au-delà du chiffre affiché, se jouent des questions de santé, de préparation de votre prochain projet et d’optimisation fiscale et sociale. Faut-il privilégier le repos et prolonger sa présence dans l’entreprise, ou encaisser une somme plus importante à la fin du contrat, au prix d’une charge fiscale plus concentrée ? Pour y répondre, il est nécessaire d’analyser finement le mécanisme de l’indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) et ses conséquences sur votre bulletin de paie.

Calcul de l’indemnité compensatrice de congés payés et cotisations sociales

L’ICCP est traitée comme un salaire : elle est soumise aux mêmes cotisations sociales que votre rémunération habituelle (URSSAF, retraite, chômage, prévoyance, mutuelle, etc.). Concrètement, que vous preniez vos congés avant votre démission ou que vous vous les fassiez payer, le coût pour l’employeur et le niveau de charges sociales restent très proches. La différence principale tient au timing : dans un cas, vous percevez votre rémunération mensuelle habituelle étalée sur plusieurs mois, dans l’autre, vous percevez un montant plus important en une seule fois sur votre dernier bulletin de salaire.

Sur un plan purement mathématique, pour un salarié dont la rémunération est stable, le net perçu pour 10 jours de congés pris ou 10 jours de congés payés en indemnité sera similaire. En revanche, l’ICCP se cumule avec d’éventuelles autres indemnités de rupture (indemnité légale ou conventionnelle, indemnité de non-concurrence, prime de départ négociée, etc.), ce qui peut mécaniquement augmenter votre revenu imposable du mois de départ et donc le taux de prélèvement à la source appliqué. C’est là que se joue la vraie différence entre poser ses congés ou se les faire payer.

Impact fiscal de l’ICCP sur le revenu imposable du salarié

Fiscalement, l’ICCP est intégrée à vos revenus imposables comme un salaire classique. Elle ne bénéficie pas, en principe, des régimes d’exonération partielle dont peuvent bénéficier certaines indemnités de rupture (par exemple, une partie de l’indemnité de licenciement ou de rupture conventionnelle). Dès lors, si vous optez pour le paiement de vos congés non pris, l’ensemble de ces sommes va se cumuler sur un même mois, ce qui peut entraîner l’application d’un taux de prélèvement à la source plus élevé, voire déclencher un complément d’impôt à régulariser l’année suivante.

À l’inverse, si vous posez vos congés avant la fin du contrat, votre salaire reste lissé sur plusieurs mois et vous évitez un « pic » de rémunération. L’analogie est simple : mieux vaut parfois monter une pente douce que gravir d’un coup une marche très élevée qui vous fait basculer temporairement dans une tranche d’imposition supérieure. Il ne s’agit pas de fraude fiscale, bien sûr, mais d’optimisation légale de la répartition de vos revenus dans le temps. Si vous anticipez un départ sur la fin d’année, cette question de répartition peut être déterminante dans le choix de solder vos congés ou non.

Prise en compte du préavis dans le calcul des jours de congés restants

On l’oublie souvent, mais pendant votre préavis, vous continuez à acquérir des jours de congés payés comme durant le reste de votre contrat, sauf disposition particulière (par exemple, en cas de faute lourde privant du préavis). Ainsi, si votre préavis dure deux mois, vous engrangez en principe 5 jours ouvrables supplémentaires (2,5 jours par mois) qui devront être soit pris, soit indemnisés. Cela peut modifier votre calcul : en prolongeant volontairement le préavis ou en négociant sa durée, vous faites varier d’autant le volume de congés payés à solder.

La manière dont préavis et congés s’articulent est aussi déterminante. Si vos congés ont été posés et validés avant la démission, le préavis est suspendu et reporté, ce qui retarde la date de fin du contrat. S’ils sont posés après la notification, avec l’accord de l’employeur, ils ne prolongent pas automatiquement le préavis. Vous pouvez donc, par exemple, positionner quelques jours de congés en fin de préavis pour « partir plus tôt dans les faits » sans allonger votre date officielle de sortie. Selon que vous visez un démarrage rapide dans un nouvel emploi ou au contraire une transition plus longue, cette flexibilité peut être un vrai levier.

Fractionnement des congés et majoration légale de 10%

Le Code du travail prévoit, dans certaines conditions, une indemnité de fractionnement lorsque les congés principaux (les 12 premiers jours ouvrables continus) ne sont pas entièrement pris entre le 1er mai et le 31 octobre. Cette majoration est, en pratique, d’au moins un ou deux jours de congé supplémentaires, selon le nombre de jours pris hors période légale, sauf renonciation expresse et écrite du salarié. Là encore, la question se pose : ces jours majorés doivent-ils être pris ou peuvent-ils être indemnisés en cas de départ de l’entreprise ?

En cas de rupture du contrat, la logique reste la même : tous les droits à congés acquis, y compris ceux résultant de la majoration pour fractionnement, doivent être indemnisés s’ils n’ont pas été pris. Vous avez donc intérêt à vérifier si cette majoration a bien été appliquée sur votre compteur de congés, surtout si vous partez en cours d’année et que vos congés ont été éclatés en plusieurs périodes hors saison. Cette vigilance peut représenter l’équivalent d’un ou deux jours de salaire supplémentaires, ce qui n’est pas négligeable au moment d’arbitrer entre repos effectif et indemnité financière.

Optimisation fiscale et sociale du solde de tout compte

Le solde de tout compte est le document récapitulatif qui liste l’ensemble des sommes versées lors de la rupture du contrat : salaire du dernier mois, primes, indemnités de rupture, ICCP, RTT payés, etc. L’enjeu, pour vous, est de comprendre comment ces montants vont interagir entre eux sur le plan fiscal et social. En fonction de votre situation (taux de prélèvement à la source, revenus attendus sur le reste de l’année, projet professionnel à court terme), vous pourrez adapter votre stratégie et décider, en toute connaissance de cause, s’il est plus judicieux de prendre vos congés ou de vous les faire payer.

Prélèvement à la source et taux d’imposition marginal applicable

Depuis l’instauration du prélèvement à la source, l’impôt sur le revenu est prélevé directement sur votre bulletin de salaire selon un taux personnalisé communiqué par l’administration fiscale. Lorsque vous percevez une somme importante au titre de votre solde de tout compte, ce taux s’applique à l’intégralité de la rémunération du mois, y compris l’ICCP. Résultat : plus le montant brut est élevé, plus le prélèvement en euros sera conséquent, même si votre tranche marginale d’imposition ne change pas sur l’année.

Si vous savez que vos revenus vont fortement baisser après votre démission (par exemple, en cas de période sans emploi ou de création d’entreprise avec peu de revenus au démarrage), vous pouvez anticiper en ajustant votre taux de prélèvement sur le site des impôts. Toutefois, cette démarche ne joue qu’à la marge sur les sommes versées au moment de la rupture. Le meilleur levier reste de lisser vos revenus en espaçant dans le temps la perception de vos salaires, ce qui milite plutôt en faveur de la prise effective des congés payés avant la fin du contrat.

Assujettissement aux cotisations URSSAF et CSG-CRDS

Sur le plan social, l’ICCP est soumise aux cotisations URSSAF de droit commun ainsi qu’à la CSG et à la CRDS, comme un salaire. Elle participe donc à la constitution de vos droits sociaux (retraite de base et complémentaire notamment), ce qui est un point souvent négligé. En choisissant de vous faire payer vos congés non pris, vous augmentez votre assiette de cotisations sur la période de référence, ce qui peut, à la marge, améliorer vos droits futurs, surtout si vous êtes proche d’un palier de validation de trimestres.

Néanmoins, cette logique reste valable que vous preniez ou non vos congés : dans les deux cas, vous percevez un revenu soumis à cotisations. La nuance réside surtout dans la concentration de ces cotisations sur un même mois, qui peut impacter certains plafonds (par exemple, le plafond mensuel de la Sécurité sociale) et donc la part de vos rémunérations prises en compte. En pratique, ces effets demeurent limités pour la plupart des salariés, mais ils peuvent compter pour les hauts revenus ou les cadres au forfait jours avec rémunérations variables importantes.

Stratégies de lissage des revenus pour réduire la pression fiscale

Pour réduire la pression fiscale liée au solde de tout compte, plusieurs stratégies de bon sens peuvent être envisagées. La première consiste à planifier votre départ à un moment de l’année où vos revenus annuels seront globalement plus faibles (par exemple, après une période de temps partiel ou une année avec moins de primes). La seconde, plus directement liée aux congés payés, est de privilégier la prise effective de vos jours de repos en amont plutôt que leur indemnisation massive sur un seul mois.

On peut comparer cela à un robinet : si vous ouvrez à fond d’un coup, le débit (et donc le prélèvement à la source) sera maximal ; si vous laissez couler l’eau plus doucement sur plusieurs mois, la pression reste raisonnable. Vous pouvez aussi, dans certains cas, négocier avec votre futur employeur une date d’entrée légèrement différée pour avoir le temps de prendre vos congés restants dans votre poste actuel. Cette option vous permet de bénéficier d’un revenu stable, d’éviter un pic d’imposition et de commencer votre nouvelle mission reposé, ce qui n’est pas négligeable.

Durée du préavis et stratégies de négociation avec l’employeur

La durée de votre préavis conditionne directement le nombre de jours de congés que vous allez acquérir jusqu’à la fin du contrat, mais aussi les marges de manœuvre dont vous disposez pour organiser votre départ. Selon votre convention collective, votre ancienneté et votre catégorie professionnelle, ce préavis peut aller de quelques semaines à plusieurs mois. Dans ce cadre, la façon dont vous allez articuler préavis, congés payés et éventuelle dispense de préavis devient un véritable outil de négociation avec votre employeur.

Dispense de préavis et renonciation unilatérale aux congés payés

Si vous demandez à être dispensé de préavis et que l’employeur accepte, il peut, sauf accord contraire, décider de ne pas vous verser d’indemnité compensatrice de préavis. En revanche, il ne peut jamais vous priver de votre indemnité de congés payés pour les jours acquis et non pris : aucune renonciation unilatérale à ces droits n’est possible, même si vous quittez l’entreprise du jour au lendemain. Les congés payés sont un droit d’ordre public, auquel vous ne pouvez pas renoncer même par accord écrit.

En pratique, certaines entreprises proposent parfois, de manière informelle, de « compenser » des congés payés par une dispense de préavis. Cette pratique est juridiquement risquée pour l’employeur et défavorable au salarié. Si vous souhaitez écourter votre départ, il est préférable de négocier clairement la dispense de préavis tout en exigeant le paiement intégral de vos congés non pris. Vous pouvez ainsi gagner du temps sans sacrifier la partie de votre solde de tout compte qui vous est légalement due.

Transaction entre employeur et salarié sur les modalités de départ

Au-delà du cadre légal strict, de nombreuses ruptures de contrat, y compris par démission, donnent lieu à des discussions transactionnelles. Vous pouvez, par exemple, négocier une date de départ avancée, une prime de départ, la levée totale ou partielle d’une clause de non-concurrence, ou encore l’aménagement de votre préavis (télétravail, horaires réduits, congés payés positionnés à la fin). Dans ce jeu d’équilibres, vos congés payés représentent un levier de négociation parmi d’autres.

Pour sécuriser ces accords, il est recommandé de les formaliser par écrit, idéalement dans une convention ou un protocole de rupture signé par les deux parties. Ce document doit préciser clairement ce qui est payé au titre du salaire, de l’ICCP, d’éventuelles primes et, le cas échéant, de la contrepartie de non-concurrence ou d’une transaction. Une rédaction rigoureuse limite les risques de requalification ultérieure par l’administration fiscale ou par le conseil de prud’hommes, et vous permet de mesurer précisément l’intérêt de poser vos congés ou de vous les faire payer.

Clause de non-concurrence et contrepartie financière associée

Si votre contrat de travail comporte une clause de non-concurrence, son application après votre départ peut générer une contrepartie financière spécifique, généralement versée chaque mois pendant la durée de la clause. Cette indemnité est également soumise à cotisations sociales et imposable, ce qui vient s’ajouter à l’ICCP sur l’année de départ. Votre arbitrage entre prise de congés et indemnisation doit donc tenir compte de cette source de revenu supplémentaire.

Dans certains cas, l’employeur peut renoncer à la clause de non-concurrence au moment de la rupture, ce qui supprime la contrepartie financière mais vous libère de toute restriction professionnelle. Vous pouvez alors préférer concentrer vos avantages de départ sur l’ICCP et, éventuellement, sur une prime transactionnelle. Là encore, le timing est clé : si vous partez avec plusieurs mois de non-concurrence indemnisée, vous pouvez avoir intérêt à prendre une partie de vos congés avant la rupture pour limiter la concentration de revenus imposables sur l’année.

Situation particulière des cadres au forfait jours et RTT

Les cadres au forfait jours et les salariés bénéficiant de RTT se trouvent dans une situation plus complexe au moment de la démission. Leurs droits à repos ne se limitent pas aux seuls congés payés légaux : ils incluent aussi des jours de repos conventionnels (forfait jours, RTT, repos compensateurs, etc.) dont le traitement à la rupture est souvent défini par la convention collective ou par des accords d’entreprise. Pour choisir entre poser ces jours ou demander une indemnisation, il faut bien distinguer la nature de chaque type de jour.

Distinction entre jours de RTT et congés payés légaux

Les RTT (réduction du temps de travail) et les congés payés légaux n’ont pas le même fondement juridique. Les seconds sont prévus par le Code du travail et ouvrent droit obligatoirement à une indemnité compensatrice en cas de non-prise. Les RTT, eux, résultent d’accords collectifs visant à compenser un temps de travail supérieur à 35 heures hebdomadaires. Leur indemnisation en fin de contrat n’est pas systématiquement prévue par la loi et dépend des textes applicables dans votre entreprise.

Avant de démissionner, il est donc essentiel de consulter votre convention collective, votre accord d’entreprise et, si besoin, le service RH, pour savoir si les RTT non pris sont perdus, indemnisés ou à solder impérativement avant la fin du contrat. Dans de nombreuses entreprises, il est conseillé, voire exigé, d’utiliser ses RTT avant la date de départ, faute de quoi ils ne donneront lieu à aucune compensation financière. Dans ce cas, il est évidemment plus avantageux de poser ces jours plutôt que de les laisser « dormir » sur votre compteur.

Indemnisation des jours de repos compensateur non pris

Les jours de repos compensateur (notamment liés aux heures supplémentaires au-delà des seuils légaux) obéissent encore à une autre logique. La jurisprudence considère en général que, si le salarié n’a pas pu prendre ces repos en raison de l’organisation du travail imputable à l’employeur, ce dernier peut être tenu de les indemniser à la rupture. Cette indemnisation prend la forme d’une somme équivalente au salaire qui aurait été perçu pendant ces jours de repos.

Dans la pratique, il n’est pas rare que ces compteurs soient mal suivis. Vous avez donc tout intérêt à faire un point précis avec votre employeur sur vos droits à repos compensateur avant de démissionner. Si les textes internes prévoient expressément l’indemnisation de ces jours, vous pourrez arbitrer entre les prendre effectivement (pour souffler avant un nouveau projet) ou les faire indemniser. En cas de désaccord, le conseil de prud’hommes peut être saisi pour trancher, mais une solution amiable est souvent plus rapide et moins coûteuse pour chacun.

Convention collective applicable et dispositions spécifiques SYNTEC ou métallurgie

Certaines conventions collectives, comme la SYNTEC (bureaux d’études, informatique, conseil) ou la Métallurgie, contiennent des dispositions très précises sur le traitement des congés payés, des RTT et des jours de forfait en cas de rupture. Par exemple, il peut être prévu que les jours de RTT non pris soient indemnisés au même titre que les congés payés, ou au contraire qu’ils soient perdus sauf si leur non-prise est imputable à l’employeur. D’autres textes prévoient des règles spécifiques de calcul pour les forfaits jours, avec un prorata en fonction du nombre de jours travaillés sur l’année.

Pour un cadre au forfait jours, l’arbitrage entre prise de congés et indemnisation doit donc être fait à la lumière de ces règles particulières. Dans certains secteurs, il peut être extrêmement avantageux de solder tous ses jours de repos (CP, RTT, forfait jours) avant de notifier sa démission, quitte à reculer la date de départ. Dans d’autres, le paiement des jours non pris est suffisamment sécurisé pour laisser davantage de flexibilité. En cas de doute, un échange avec un représentant du personnel, un délégué syndical ou un avocat en droit social peut vous éviter de perdre plusieurs jours de rémunération.

Cas pratiques et simulations financières selon les profils de salariés

Pour rendre ces principes plus concrets, il est utile de se projeter dans quelques situations types. Selon que vous êtes salarié non-cadre, cadre au forfait jours, futur demandeur d’emploi ou déjà recruté ailleurs, le choix entre poser vos congés et vous les faire payer ne conduira pas aux mêmes conclusions. La bonne question à vous poser est toujours la même : « qu’est-ce qui maximise mon intérêt global, en tenant compte de mon temps, de ma santé, de ma fiscalité et de mes projets ? ».

Imaginons d’abord un salarié non-cadre en CDI, rémunéré 2 200 € brut par mois, qui démissionne avec 20 jours de congés payés restants et aucun RTT. S’il prend ses congés avant la fin du contrat, il percevra chaque mois son salaire habituel, avec un prélèvement à la source stable, et quittera l’entreprise plus tard, après une période de repos. S’il se fait payer ces 20 jours, il percevra environ un mois de salaire supplémentaire sur son dernier bulletin, avec un prélèvement à la source plus élevé ce mois-là. Sur l’année, l’impôt dû sera similaire, mais le risque de trésorerie immédiate (un prélèvement très lourd sur le mois de départ) est plus important dans le second cas.

Autre profil : un cadre au forfait jours, rémunéré 70 000 € brut par an, qui quitte l’entreprise pour un nouvel emploi déjà signé. Il lui reste 10 jours de congés payés et 5 jours de RTT. Sa convention collective prévoit l’indemnisation des RTT non pris. Il peut donc, s’il le souhaite, se faire payer les 15 jours et enchaîner directement avec son nouveau poste, ce qui augmente sa trésorerie à court terme mais concentre beaucoup de revenus imposables sur une même année. S’il choisit de prendre au moins une partie de ces jours avant la fin du contrat, il démarre son nouvel emploi reposé et lisse davantage ses revenus, au prix d’une entrée différée dans son nouveau poste de quelques semaines.

Enfin, considérons un salarié qui anticipe une période de chômage après sa démission (par exemple, une démission « légitime » donnant droit rapidement à l’ARE). Les indemnités de congés payés versées en solde de tout compte sont prises en compte par France Travail pour calculer un délai de carence avant le versement des allocations. Dans ce cas précis, prendre ses congés avant la fin du contrat peut réduire ce délai de carence, puisqu’une partie des jours de repos aura été consommée plutôt qu’indemnisée. Le choix entre poser ses congés ou se les faire payer ne se limite donc pas à un simple calcul de salaire net à court terme : il doit intégrer les interactions avec l’assurance chômage et l’ensemble de votre trajectoire professionnelle.