# L’augmentation de salaire est-elle obligatoire pour l’employeur ?

La question de l’augmentation salariale suscite régulièrement des interrogations aussi bien du côté des employeurs que des salariés. Dans un contexte économique marqué par l’inflation et les tensions sur le marché du travail, comprendre les obligations légales en matière de revalorisation des rémunérations devient crucial. Si le Code du travail n’impose pas systématiquement une augmentation annuelle, certaines situations contraignent néanmoins l’employeur à revoir les salaires à la hausse. Entre obligations légales, engagements contractuels et principes d’égalité de traitement, le cadre juridique français établit des règles précises que tout professionnel RH doit maîtriser pour éviter les contentieux devant le Conseil de prud’hommes.

Le cadre juridique de l’obligation d’augmentation salariale en france

Le droit français adopte une approche nuancée concernant l’obligation d’augmenter les salaires. Contrairement à une idée reçue, aucune disposition générale du Code du travail n’impose à l’employeur de procéder à une revalorisation annuelle automatique des rémunérations. Cette absence d’obligation systématique signifie qu’un employeur pourrait théoriquement maintenir un salaire inchangé pendant plusieurs années, sous réserve du respect de certains seuils minimaux et principes fondamentaux.

Les dispositions du code du travail relatives à la révision des rémunérations

Le Code du travail encadre la rémunération à travers plusieurs dispositions essentielles. L’article L3221-1 établit le principe selon lequel tout travail mérite salaire, tandis que les articles L3221-2 et suivants garantissent l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de valeur égale. Ces textes ne créent pas directement une obligation d’augmentation, mais ils définissent le cadre dans lequel les rémunérations doivent évoluer. L’employeur conserve ainsi une liberté de décision sur les augmentations individuelles, pourvu qu’il respecte les minima légaux et conventionnels. Cette latitude s’inscrit néanmoins dans un contexte où les pratiques de marché et les attentes des salariés exercent une pression constante sur les politiques salariales des entreprises.

La jurisprudence de la cour de cassation sur les augmentations de salaire

La Cour de cassation a progressivement affiné l’interprétation des obligations salariales à travers une jurisprudence constante. Dans plusieurs arrêts de principe, la chambre sociale a établi que l’employeur peut être tenu d’augmenter un salarié lorsqu’un engagement a été pris, même de manière implicite. Un arrêt du 2 mars 2011 précise ainsi qu’un usage d’entreprise constant, général et fixe peut créer un droit pour les salariés à une revalorisation périodique. La haute juridiction a également rappelé que le principe « à travail égal, salaire égal » s’applique non seulement entre salariés d’une même entreprise, mais également dans le temps pour un même salarié. Cette jurisprudence crée donc des obligations indirectes d’augmentation dans certaines circonstances spécifiques, notamment lorsque des collègues occupant des fonctions similaires bénéficient de revalorisations.

Les accords de branche et conventions collectives imposant des revalorisations

Les conventions collectives constituent une source majeure d’obligations en matière de revalorisation salariale. La plupart des branches professionnelles négocient régulièrement des augmentations des grilles salariales minimales qui s’imposent automatiquement

aux employeurs relevant de la branche dès lors que l’accord est étendu par le ministère du Travail. Concrètement, dès que les minima conventionnels sont revalorisés, toute entreprise doit vérifier que les salaires de ses collaborateurs restent au moins égaux à ces nouveaux seuils. À défaut, elle a l’obligation d’ajuster les rémunérations concernées et peut être condamnée à verser des rappels de salaires sur plusieurs années. Les accords de branche viennent ainsi restreindre la marge de manœuvre de l’employeur en matière d’augmentation de salaire, en imposant un socle minimal impératif.

Le SMIC et l’obligation légale de revalorisation annuelle

Au-delà des conventions collectives, le principal repère en matière de rémunération minimale reste le SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance). Fixé par décret, il est revalorisé au moins une fois par an, en général au 1er janvier, pour tenir compte de l’inflation et de l’évolution du pouvoir d’achat des salariés les plus modestes. Lorsque le SMIC est augmenté, tous les employeurs ont l’obligation immédiate de relever les salaires qui se situaient au niveau de l’ancien minimum, afin de respecter le nouveau plancher légal.

Cette obligation de revalorisation ne concerne pas uniquement les salariés payés strictement au SMIC horaire. Elle s’impose également lorsque l’augmentation du SMIC vient « rattraper » un salaire légèrement supérieur, de sorte que la rémunération du salarié se retrouverait en dessous ou à un niveau anormalement proche du SMIC. Dans la pratique, de nombreuses entreprises procèdent alors à des augmentations de salaire en chaîne pour préserver les écarts hiérarchiques, même si seule la hausse des rémunérations au niveau du SMIC est juridiquement impérative. Ne pas appliquer la revalorisation du SMIC expose l’employeur à des sanctions civiles et pénales, ainsi qu’à des rappels de salaires devant le Conseil de prud’hommes.

Les situations contractuelles générant une obligation d’augmentation

Si la loi n’impose pas une augmentation générale et automatique des salaires, certaines situations contractuelles créent en revanche une véritable obligation individuelle de revalorisation. C’est le cas lorsque le contrat de travail, un accord collectif ou même un engagement unilatéral de l’employeur prévoit expressément une hausse périodique ou conditionnelle de la rémunération. Dans ces hypothèses, l’augmentation de salaire n’est plus une simple faculté de gestion pour l’entreprise, mais un droit dont le salarié peut se prévaloir.

Les clauses de révision automatique insérées dans le contrat de travail

De nombreux contrats de travail comportent des clauses de révision automatique du salaire, souvent indexées sur un indicateur économique (indice des prix, indice d’une convention collective, etc.) ou sur la performance du salarié. Ces clauses peuvent par exemple prévoir une augmentation annuelle minimale, un pourcentage de revalorisation en cas d’atteinte d’objectifs, ou encore un ajustement systématique en cas de changement de classification. Dès lors qu’une telle clause est rédigée de façon claire et précise, elle s’impose à l’employeur qui ne peut unilatéralement revenir dessus.

En pratique, l’employeur devra donc veiller à appliquer automatiquement ces revalorisations, sans attendre une réclamation du salarié. À défaut, ce dernier pourra demander l’exécution forcée de la clause et obtenir un rappel de salaire correspondant aux augmentations non versées, éventuellement majoré d’intérêts de retard. Vous négociez un contrat de travail ou un avenant ? Il est essentiel de mesurer la portée de ces clauses de révision automatique, qui lient durablement la politique salariale de l’entreprise.

Les accords d’entreprise négociés avec les représentants du personnel

Les accords d’entreprise peuvent eux aussi instaurer des obligations d’augmentation salariale. Négociés avec les représentants du personnel (délégués syndicaux, CSE), ces accords définissent souvent des enveloppes annuelles d’augmentations générales ou individuelles, des modalités de révision des grilles de salaires ou encore des critères d’éligibilité aux revalorisations. Une fois signés et régulièrement conclus, ils s’imposent à l’employeur, qui doit en respecter à la fois l’esprit et la lettre.

Les entreprises dotées de délégués syndicaux sont en outre soumises à la négociation annuelle obligatoire (NAO) sur les salaires effectifs, au minimum tous les quatre ans. Si ces négociations débouchent sur un accord prévoyant des augmentations générales, la direction ne peut pas unilatéralement y renoncer. En cas de non-respect de ces engagements, les salariés et les syndicats peuvent saisir le juge pour obtenir l’exécution de l’accord et le versement des augmentations prévues, assorties de dommages-intérêts en cas de préjudice avéré.

Les engagements unilatéraux de l’employeur créant un droit acquis

Au-delà des contrats et accords formalisés, un engagement unilatéral de l’employeur peut également faire naître un droit à augmentation de salaire. C’est le cas, par exemple, lorsqu’une direction annonce publiquement, par note interne ou par courrier, une politique d’augmentation annuelle garantie pour une catégorie de salariés. Si cet engagement présente un caractère suffisamment clair, général et répété, il peut être qualifié d’usage ou de décision unilatérale créatrice de droits.

Dans cette hypothèse, un salarié peut invoquer cet engagement pour exiger son application, même si aucune clause contractuelle ne le prévoit formellement. L’employeur ne peut mettre fin à un tel engagement qu’en respectant une procédure stricte de dénonciation : information individuelle des salariés concernés, information des représentants du personnel et respect d’un délai de prévenance raisonnable. Tant que cette dénonciation n’a pas été régulièrement opérée, le non-versement d’une augmentation annoncée pourra être contesté devant le Conseil de prud’hommes.

Les usages d’entreprise et leur force contraignante selon l’article L1221-1

Les usages d’entreprise occupent une place particulière en droit du travail français. L’article L1221-1 du Code du travail, qui pose le principe de la liberté contractuelle, n’exclut pas l’existence de règles non écrites issues de la pratique. Un usage se définit traditionnellement comme un avantage accordé de manière générale, constante et fixe aux salariés. Appliqué aux augmentations de salaire, cela peut viser par exemple une revalorisation annuelle systématique de X % accordée depuis plusieurs années à l’ensemble du personnel ou à une catégorie définie.

Dès lors que ces trois critères sont réunis, l’usage devient contraignant pour l’employeur, qui ne peut y déroger pour certains salariés seulement, sauf à violer le principe d’égalité de traitement. Pour mettre fin à cet usage d’augmentation salariale, il doit procéder à une dénonciation en bonne et due forme, respectant un délai suffisant et informant clairement les représentants du personnel. Tant que cette procédure n’a pas été respectée, le salarié peut exiger le maintien de l’usage et obtenir, le cas échéant, un rappel de salaire en cas de non-application.

Les obligations de revalorisation liées aux minima conventionnels

Au-delà du SMIC, les minima conventionnels fixés par les branches professionnelles constituent une autre source majeure d’obligations d’augmentation de salaire. Chaque convention collective définit des grilles de rémunération minimales en fonction des classifications, coefficients ou niveaux hiérarchiques. Dès qu’un salarié est positionné sur un emploi relevant d’une convention collective étendue, l’employeur doit vérifier que sa rémunération respecte en permanence ces seuils.

La classification professionnelle et les grilles salariales obligatoires

La plupart des conventions collectives prévoient une classification professionnelle détaillée, associant à chaque niveau ou coefficient un salaire de base minimal. Cette architecture permet de garantir une certaine cohérence entre les responsabilités exercées et la rémunération perçue. Lorsqu’un salarié change de poste, se voit confier de nouvelles missions ou bénéficie d’une promotion, il peut être reclassé à un niveau supérieur. Si le nouveau niveau conventionnel prévoit un minima de salaire plus élevé que sa rémunération actuelle, l’employeur est alors tenu de procéder à une augmentation pour atteindre au moins ce seuil.

Cette obligation s’applique même si le salarié n’a pas expressément demandé d’augmentation de salaire. Elle découle directement du principe de primauté des normes conventionnelles sur les stipulations contractuelles moins favorables. En cas de contrôle de l’inspection du travail ou de contentieux, l’entreprise devra justifier de la correspondance entre la classification réellement exercée et la grille salariale appliquée. D’où l’importance, pour les services RH, de tenir à jour les fiches de poste et les rattachements conventionnels.

Les négociations annuelles obligatoires sur les salaires effectifs

Pour les entreprises d’au moins 50 salariés disposant de délégués syndicaux, la loi impose l’organisation de négociations annuelles obligatoires (NAO) portant notamment sur les salaires effectifs. L’objectif de ces négociations est de discuter des augmentations générales et individuelles, de l’évolution des rémunérations minimales et des mesures destinées à réduire les écarts de rémunération. Si aucune augmentation n’est imposée par la loi à l’issue de ces échanges, les accords conclus ont en revanche une force obligatoire.

En pratique, de nombreux accords de NAO prévoient une revalorisation minimale des salaires de branche ou des salaires effectifs, parfois différenciée selon les catégories de personnel. Dès lors qu’un tel accord est signé, l’employeur doit appliquer les hausses convenues, sous peine de s’exposer à des actions en exécution forcée devant le juge. Vous pilotez une NAO ? Il est recommandé de documenter précisément les engagements pris, les catégories concernées et le calendrier de mise en œuvre, afin d’éviter toute ambiguïté sur l’obligation d’augmentation salariale.

Le rattrapage salarial en cas de non-respect des minima de branche

Lorsqu’un employeur ne respecte pas les minima de branche, le salarié est en droit de réclamer un rattrapage salarial. Concrètement, il peut demander le versement de la différence entre le salaire qu’il aurait dû percevoir en application de la convention collective et celui qui lui a effectivement été versé, dans la limite de la prescription de trois ans. Les juridictions prud’homales accordent très régulièrement de tels rappels, parfois assortis de dommages-intérêts pour manquement grave de l’employeur.

Le rattrapage n’a pas uniquement un effet rétroactif. Il oblige aussi l’entreprise, pour l’avenir, à ajuster le salaire au niveau minimal conventionnel, ce qui revient à imposer une augmentation de salaire obligatoire. Pour éviter ce type de contentieux coûteux, il est essentiel d’instaurer un contrôle régulier de la conformité des rémunérations aux minima de branche, en particulier lors des revalorisations décidées au niveau sectoriel. Un simple décalage de quelques dizaines d’euros mensuels peut, sur plusieurs années et pour plusieurs salariés, représenter un risque financier important.

Le principe de non-discrimination et d’égalité de traitement salarial

Au-delà des obligations liées aux minima, le droit français consacre un principe fort de non-discrimination et d’égalité de traitement salarial. Cela signifie que, pour un même travail ou un travail de valeur égale, les salariés doivent bénéficier d’une rémunération comparable, sauf différences objectivement justifiées. Ce principe ne crée pas, à lui seul, une obligation d’augmentation de salaire systématique, mais il impose à l’employeur de corriger les écarts injustifiés, ce qui revient, dans les faits, à revaloriser certaines rémunérations.

L’égalité salariale femmes-hommes selon la loi rixain

La loi Rixain et les textes qui l’ont précédée ont renforcé les obligations des entreprises en matière d’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Le Code du travail impose déjà, via les articles L3221-2 et suivants, une égalité de rémunération pour un même travail ou un travail de valeur égale. La loi Rixain est venue ajouter des obligations de transparence et de correction progressive des écarts salariaux, notamment pour les entreprises de plus de 50 salariés soumises à la publication de l’index de l’égalité professionnelle.

Concrètement, lorsqu’un écart de rémunération injustifié entre femmes et hommes est identifié, l’employeur doit mettre en place des mesures de rattrapage, qui passent très souvent par des augmentations de salaire ciblées. Ces revalorisations ne sont pas optionnelles : elles conditionnent l’obtention d’une note minimale à l’index égalité et permettent d’éviter d’éventuelles sanctions financières. Pour les directions RH, il devient donc stratégique d’anticiper les écarts potentiels et d’intégrer, dans les campagnes annuelles de révision salariale, un budget dédié à la correction des inégalités femmes-hommes.

Les sanctions en cas de disparités salariales injustifiées

En cas de disparités salariales injustifiées, les employeurs s’exposent à un double risque, à la fois judiciaire et administratif. Sur le plan judiciaire, un salarié qui se considère lésé peut saisir le Conseil de prud’hommes pour obtenir un alignement de sa rémunération sur celle de collègues placés dans une situation comparable, ainsi que des dommages-intérêts pour discrimination. La charge de la preuve est partagée : le salarié doit apporter des éléments laissant supposer une inégalité, et l’employeur doit démontrer que la différence est justifiée par des critères objectifs (compétences, performance, ancienneté, etc.).

Sur le plan administratif, les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations en matière d’égalité professionnelle, notamment celles relatives à l’index égalité, peuvent se voir infliger une pénalité pouvant atteindre jusqu’à 1 % de la masse salariale. Ces sanctions viennent s’ajouter au coût des rattrapages de salaires et à l’impact réputationnel en termes de marque employeur. En pratique, corriger les écarts injustifiés suppose bien souvent d’accorder des augmentations ciblées, parfois significatives, ce qui renforce l’idée qu’égalité salariale et revalorisation vont de pair.

L’index de l’égalité professionnelle et ses implications financières

L’index de l’égalité professionnelle est un outil central du dispositif français. Calculé chaque année par les entreprises d’au moins 50 salariés, il repose sur plusieurs indicateurs, dont les écarts de rémunération, les augmentations individuelles et les promotions entre les femmes et les hommes. Une note inférieure à 75 points sur 100 oblige l’employeur à mettre en place des mesures correctives dans un délai de trois ans, sous peine de sanctions financières.

Pour améliorer leur index, les entreprises ont souvent recours à des campagnes de rattrapage salarial ciblées en faveur des salariées sous-rémunérées, ce qui se traduit concrètement par des augmentations de salaire obligatoires au regard des objectifs fixés. L’index agit donc comme un levier d’ajustement structurel des rémunérations, en incitant fortement les employeurs à intégrer l’égalité professionnelle dans leur politique salariale. Pour vous, professionnel RH, il devient indispensable de croiser les données de paie, de performance et de genre afin d’identifier les zones de risque et de piloter des revalorisations adaptées.

Les conséquences du refus d’augmentation par l’employeur

Le refus d’augmentation n’est pas, en soi, illégal. Cependant, lorsqu’il intervient dans un contexte où une obligation d’augmentation existe (minima conventionnels, engagement contractuel, égalité de traitement, etc.), il peut constituer un manquement grave de l’employeur à ses obligations. Dans certains cas, ce manquement justifie même une rupture du contrat de travail aux torts de l’employeur, avec des conséquences financières importantes pour l’entreprise.

La résiliation judiciaire du contrat pour manquement aux obligations

La résiliation judiciaire permet au salarié de demander au juge de prononcer la rupture de son contrat de travail en raison de manquements suffisamment graves de l’employeur. Un refus persistant d’appliquer une augmentation de salaire obligatoire (revalorisation du SMIC, respect du minimum conventionnel, clause contractuelle non exécutée, etc.) peut être considéré comme un tel manquement. Le Conseil de prud’hommes appréciera la gravité des faits au regard de la situation globale du salarié et de la durée du manquement.

Si la résiliation judiciaire est prononcée aux torts de l’employeur, elle produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec versement des indemnités de rupture (préavis, licenciement) et de dommages-intérêts. À cela s’ajoutent les rappels de salaires liés aux augmentations non accordées. Pour l’entreprise, le coût global peut donc être très élevé, sans compter l’impact sur le climat social et le risque d’actions collectives d’autres salariés se trouvant dans une situation similaire.

La prise d’acte de la rupture par le salarié et requalification en licenciement

Autre voie de recours : la prise d’acte de la rupture par le salarié, qui consiste à rompre immédiatement le contrat de travail en imputant la responsabilité de cette rupture à l’employeur. Là encore, un refus répété d’appliquer une augmentation de salaire obligatoire peut être invoqué parmi les griefs. Le salarié saisit ensuite le Conseil de prud’hommes, qui décidera si les manquements reprochés sont suffisamment graves pour justifier une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Si la prise d’acte est jugée justifiée, l’employeur devra verser les mêmes indemnités que dans le cadre d’un licenciement abusif, en plus des rappels de salaire. Si, en revanche, les manquements ne sont pas jugés assez sérieux, la rupture sera requalifiée en démission, sans indemnités de licenciement. Pour un employeur, laisser s’installer une situation de sous-rémunération manifeste, malgré des demandes répétées du salarié et des alertes éventuelles du CSE, revient donc à prendre un risque contentieux majeur.

Les dommages et intérêts pour préjudice salarial devant le conseil de prud’hommes

Indépendamment de toute rupture du contrat, un salarié peut réclamer des dommages et intérêts pour préjudice salarial devant le Conseil de prud’hommes. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il a été privé pendant plusieurs années d’augmentations de salaire auxquelles il avait droit (non-respect du minimum conventionnel, discrimination salariale, inégalité de traitement, etc.). Le juge peut alors condamner l’employeur à verser non seulement les rappels de salaire dus, mais aussi une indemnisation complémentaire pour le préjudice moral ou de carrière subi.

Ce préjudice peut résulter d’une stagnation salariale anormale par rapport à des collègues, d’un blocage de progression malgré une promotion non assortie de revalorisation, ou encore d’une discrimination fondée sur un critère prohibé (sexe, âge, origine, activité syndicale, etc.). Pour l’entreprise, ces condamnations peuvent avoir un effet « boule de neige » en incitant d’autres salariés à agir. Mieux vaut donc prévenir en mettant en place une politique de rémunération transparente, documentée et conforme au cadre légal, plutôt que de laisser les juges trancher a posteriori.

Les alternatives à l’augmentation salariale obligatoire

Dans certaines situations, l’employeur n’est pas juridiquement tenu d’augmenter les salaires, mais souhaite malgré tout reconnaître l’engagement de ses équipes ou préserver le pouvoir d’achat. Comment concilier contraintes budgétaires et attentes légitimes des collaborateurs ? En complément – ou à défaut – d’une revalorisation de salaire, plusieurs leviers de rémunération indirecte peuvent être mobilisés : primes exceptionnelles, dispositifs d’épargne salariale ou avantages en nature.

La prime exceptionnelle de pouvoir d’achat défiscalisée

La prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (PEPA), parfois appelée « prime Macron » ou prime de partage de la valeur selon les dispositifs successifs, a permis à de nombreuses entreprises de soutenir le pouvoir d’achat de leurs salariés sans s’engager sur une augmentation pérenne du salaire de base. Sous certaines conditions de plafond et d’accord d’entreprise, cette prime peut bénéficier d’un régime social et fiscal avantageux, tant pour l’employeur que pour le salarié. Elle ne se substitue pas à une augmentation obligatoire, mais peut constituer une alternative pertinente lorsque le budget ne permet pas une hausse durable de la masse salariale.

Attention toutefois : même si la prime exceptionnelle est par nature discrétionnaire, son attribution doit respecter le principe d’égalité de traitement. Vous ne pouvez pas, par exemple, exclure arbitrairement certains salariés d’un dispositif de prime de pouvoir d’achat sans critère objectif et pertinent. De plus, si cette prime est versée chaque année dans des conditions identiques, elle peut finir par être requalifiée en usage d’entreprise, créant ainsi une obligation de reconduction ou, à tout le moins, une obligation de dénonciation préalable.

L’intéressement et la participation aux bénéfices de l’entreprise

L’intéressement et la participation constituent deux dispositifs phares d’épargne salariale permettant d’associer les salariés aux résultats et à la performance de l’entreprise. Ils présentent l’avantage, pour l’employeur, de rester partiellement variables et conditionnés aux résultats, tout en étant attractifs pour les collaborateurs grâce à un cadre fiscal et social souvent favorable. Bien que ces mécanismes ne remplacent pas les augmentations de salaire obligatoires, ils peuvent limiter la pression sur les salaires fixes et offrir une rémunération globale plus compétitive.

En pratique, un accord d’intéressement bien conçu peut prévoir des critères de performance collectifs (résultat d’exploitation, taux de satisfaction client, productivité, etc.) qui renforcent l’engagement des équipes. La participation, quant à elle, est obligatoire dans les entreprises d’au moins 50 salariés et permet de redistribuer une partie des bénéfices sous forme de droits individuels. Ensemble, ces dispositifs constituent une alternative crédible pour valoriser les salariés sans recourir exclusivement à des augmentations de salaire immédiates et définitives.

Les avantages en nature et leur valorisation dans la rémunération globale

Enfin, les avantages en nature (logement, véhicule de fonction, outils numériques, repas, réductions tarifaires, etc.) et les avantages sociaux (mutuelle haut de gamme, prévoyance renforcée, jours de télétravail, congés supplémentaires) jouent un rôle croissant dans l’attractivité de la rémunération globale. Même s’ils n’augmentent pas directement le salaire brut, ils contribuent à améliorer le pouvoir d’achat et la qualité de vie au travail des collaborateurs. Pour certains profils, un jour de télétravail supplémentaire ou une meilleure couverture santé peut valoir autant, voire plus, qu’une légère revalorisation salariale.

Pour autant, il ne faut pas perdre de vue que ces avantages en nature sont, pour certains, soumis à cotisations sociales et doivent être correctement évalués sur la fiche de paie. Ils ne peuvent pas non plus se substituer aux obligations d’augmentation de salaire lorsque la loi, la convention collective ou un engagement contractuel l’exigent. L’enjeu, pour vous employeur ou DRH, est donc de construire un package de rémunération globale équilibré, combinant salaire fixe, rémunération variable et avantages annexes, tout en restant parfaitement aligné sur le cadre juridique de l’augmentation de salaire obligatoire.