# Tout savoir sur la prime de brisure et ses conditions d’attribution

La prime de brisure constitue un élément de rémunération souvent méconnu, mais qui joue un rôle déterminant pour des milliers de salariés en France. Lorsque votre journée de travail est fragmentée par une interruption importante, vous ne vous trouvez pas simplement face à une organisation contraignante : vous devez bénéficier d’une compensation financière spécifique. Cette indemnité vise à compenser les désagréments liés aux horaires coupés, qui perturbent la vie personnelle et imposent une présence prolongée en dehors du domicile sans contrepartie productive. Pourtant, son application soulève de nombreuses questions juridiques, notamment concernant sa qualification, son intégration dans le salaire minimum conventionnel, et les obligations qui pèsent sur l’employeur. Les contentieux prud’homaux récents démontrent que la distinction entre temps de pause et temps de brisure reste un enjeu majeur pour les entreprises comme pour les salariés.

Définition juridique de la prime de brisure selon le code du travail

Cadre légal et base réglementaire de la prime de brisure

Le Code du travail ne définit pas explicitement la prime de brisure, contrairement à d’autres éléments de rémunération. Cette absence de disposition législative générale signifie que le versement de cette indemnité relève principalement des conventions collectives et des accords d’entreprise. Cependant, la jurisprudence a progressivement établi un cadre interprétatif rigoureux pour qualifier juridiquement cette compensation. La prime de brisure correspond à une indemnité versée lorsque l’organisation du travail impose une interruption significative entre deux périodes de travail effectif au cours d’une même journée. Cette interruption doit présenter une durée suffisamment longue pour que le salarié ne puisse pas vaquer utilement à ses occupations personnelles, tout en restant contraint de demeurer à proximité de son lieu de travail.

L’importance de cette indemnité réside dans le fait qu’elle compense non pas un temps de travail effectif, mais un désagrément organisationnel. Vous subissez une amplitude journalière étendue sans pour autant bénéficier d’une véritable liberté pendant l’interruption. Cette situation est fréquente dans de nombreux secteurs d’activité où les horaires s’adaptent aux flux de clientèle ou aux impératifs de service. La reconnaissance de ce droit à compensation constitue une protection essentielle pour préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, même si sa mise en œuvre pratique demeure complexe.

Distinction entre prime de brisure et prime de coupure

Les termes « prime de brisure » et « prime de coupure » sont souvent employés indifféremment, mais certaines conventions collectives établissent des nuances entre ces deux notions. La prime de coupure désigne généralement l’indemnisation d’une interruption plus courte, parfois à partir de deux heures, tandis que la prime de brisure intervient pour des interruptions plus longues, typiquement de trois heures ou plus. Cette distinction reflète une gradation dans le niveau de désagrément subi par le salarié. Une courte interruption peut permettre de rentrer déjeuner chez soi si vous habitez à proximité, alors qu’une longue coupure vous oblige à rester dans les environs du lieu de travail sans possibilité réelle de rentrer.

Certaines conventions collectives prévoient également des montants différenciés selon la durée de l’interruption. Par exemple, une coupure de deux à trois heures pourrait donner droit à une indemnité forfaitaire moindre qu’une brisure de quatre heures ou plus. Cette modulation tarifaire vise à proportionner l’indemnisation au préjudice ré

proportionner l’indemnisation au préjudice réellement subi, tout en encadrant les coûts pour l’employeur. Avant de qualifier une somme de « prime de brisure » ou de « prime de coupure », il est donc indispensable de se référer précisément à la convention collective applicable, car c’est elle qui fixe la définition retenue dans votre secteur ainsi que les conditions de déclenchement de la prime.

Jurisprudence de la cour de cassation sur la qualification de la prime

En l’absence de définition dans le Code du travail, c’est la jurisprudence qui joue un rôle central pour encadrer la prime de brisure. La Cour de cassation rappelle de façon constante que cette prime indemnise un temps d’interruption non qualifié de temps de travail effectif, dès lors que le salarié n’est pas à la disposition de l’employeur et peut librement vaquer à ses occupations. Dans un arrêt du 5 juin 2019 (n° 18-14.298), rendu à propos du secteur de l’imprimerie, la Haute juridiction a ainsi jugé qu’une prime versée pour des « brisures » ne pouvait pas être intégrée dans la vérification du minimum conventionnel, précisément parce qu’elle rémunérait des pauses qui ne constituaient pas du travail effectif.

Cette position est essentielle : elle permet de distinguer les sommes versées en contrepartie d’un travail (salaire, primes de performance, commissions) des indemnités qui compensent un désagrément d’organisation (horaires coupés, temps de brisure). Dans le premier cas, les montants doivent être pris en compte pour vérifier le respect du Smic et des minima conventionnels, dans le second cas non, sauf disposition conventionnelle explicite. Les juges se montrent particulièrement attentifs au fait que le salarié soit ou non à la disposition de l’employeur pendant la période d’interruption et que cette interruption dépende ou non de facteurs sur lesquels il peut influer.

« N’étant pas la contrepartie du travail, les primes rémunérant les brisures ne peuvent être prises en compte pour vérifier si le minimum conventionnel a été respecté » (Cass. soc., 5 juin 2019, n° 18-14.298).

Pour vous, salarié ou employeur, cette jurisprudence signifie qu’il faut analyser concrètement la situation : le temps de coupure est-il intégré dans le temps de travail de base ? Le salarié doit-il rester dans les locaux ou peut-il librement s’éloigner ? L’indemnité est-elle liée à la performance ou uniquement à la structure de la journée ? Autant de questions auxquelles les juges répondent pour trancher les litiges sur la nature de la prime de brisure et ses effets sur la rémunération globale.

Intégration dans les conventions collectives sectorielles

La prime de brisure est principalement encadrée par les conventions collectives de branche, qui définissent les conditions d’attribution, les montants et parfois même les barèmes de cumul avec d’autres indemnités. On la retrouve notamment dans les conventions de l’imprimerie, de la propreté, du transport, de la sécurité privée ou encore de certaines activités de services où les amplitudes horaires sont élevées. Chaque texte collectif choisit son vocabulaire – prime de brisure, de coupure, d’horaires coupés, de discontinuité de la journée – mais l’objectif reste le même : compenser des journées fractionnées par de longues interruptions.

Ces conventions collectives fixent le plus souvent un seuil de durée minimale de la coupure pour ouvrir droit à la prime, ainsi que le montant applicable par jour ou par coupure. Elles peuvent aussi déterminer si la prime est due à partir d’une certaine amplitude journalière (par exemple, plus de 10 heures entre la première et la dernière heure de travail). Pour savoir si vous pouvez prétendre à une prime de brisure et dans quelles conditions, la première étape consiste donc à identifier la convention collective applicable à votre entreprise (via le code IDCC ou le code NAF) et à consulter précisément les articles consacrés aux horaires coupés et aux interruptions de journée.

Conditions d’éligibilité et critères d’attribution de la prime de brisure

Durée minimale de l’interruption entre deux périodes de travail

La plupart des conventions collectives prévoyant une prime de brisure conditionnent son versement à une durée minimale d’interruption entre deux séquences de travail. Cette durée varie généralement de 2 à 3 heures, mais peut être supérieure dans certains secteurs. L’idée est simple : une coupure très courte s’apparente à une pause repas classique, tandis qu’une interruption plus longue désorganise réellement votre journée et justifie une compensation spécifique. Tant que le seuil conventionnel n’est pas atteint, aucune prime de brisure n’est due, même si vous ressentez subjectivement la coupure comme contraignante.

En pratique, les accords prévoient souvent plusieurs paliers. Par exemple, une première tranche de 2 à 3 heures peut donner lieu à une prime de coupure, puis une tranche de 3 à 4 heures, voire au-delà, ouvre droit à une prime de brisure majorée. Cette logique s’apparente à un « compteur de gêne » : plus l’interruption est longue, plus l’indemnisation augmente. Pour l’employeur, cela impose un suivi rigoureux des plannings afin d’anticiper le coût des brisures et, le cas échéant, de réorganiser les horaires pour limiter ces coûts tout en respectant les besoins du service.

Amplitude de la journée de travail et seuil d’activation

Outre la durée de la coupure elle-même, certaines conventions collectives conditionnent la prime de brisure à l’amplitude totale de la journée de travail. L’amplitude correspond au temps écoulé entre le début de la première période travaillée et la fin de la dernière, coupures comprises. Ainsi, il n’est pas rare de voir des textes prévoyant le versement d’une prime de brisure lorsque l’amplitude excède 10 ou 11 heures, même si la durée totale de travail effectif reste modérée. Vous pouvez ainsi travailler seulement 7 heures effectives, mais sur une plage horaire étalée de 7h à 19h avec une longue coupure en milieu de journée.

Cette approche par l’amplitude traduit bien la logique de la prime : elle compense une journée « monopolisée » par l’emploi, même si toutes les heures ne sont pas productives. C’est un peu comme si vous immobilisiez une voiture de location toute la journée pour ne l’utiliser que quelques heures : le coût n’est pas seulement lié à l’usage, mais aussi à l’indisponibilité. De la même manière, une amplitude très large réduit votre liberté d’organisation personnelle et peut compliquer les obligations familiales, les transports ou l’accès à des activités personnelles. Les accords collectifs tiennent compte de cette réalité pour déclencher automatiquement la prime de brisure au-delà d’un certain seuil d’amplitude.

Exclusions liées au temps de pause légal et conventionnel

Il est important de distinguer les temps de pause légaux ou conventionnels, qui ne génèrent pas nécessairement de prime, des véritables brisures indemnisables. Le Code du travail impose notamment une pause minimale de 20 minutes dès que le temps de travail quotidien atteint 6 heures. De nombreuses conventions collectives vont au-delà et prévoient des pauses plus longues ou plus fréquentes, souvent rémunérées. Ces pauses, même payées, n’ouvrent pas automatiquement droit à une prime de brisure, car elles relèvent du régime normal d’organisation du travail.

La prime de brisure est destinée à indemniser une interruption exceptionnelle ou structurelle importante, distincte des simples pauses repas ou pauses réglementaires. Ainsi, une pause déjeuner d’une heure prévue par la convention collective, intégrée à un horaire continu classique (par exemple 9h-17h), ne constitue pas une brisure. De même, certaines conventions excluent explicitement du calcul de la coupure les pauses payées ou les temps de repos légaux. Avant de revendiquer une prime de brisure au motif que vous disposez d’une pause prolongée, il est donc essentiel de vérifier si cette pause n’est pas déjà prévue et compensée par d’autres dispositions conventionnelles.

Spécificités pour les travailleurs à temps partiel et intermittents

Les salariés à temps partiel et les travailleurs intermittents rencontrent des problématiques particulières en matière de prime de brisure. Pour eux, la tentation peut être grande, côté employeur, d’étaler les heures sur une large amplitude en multipliant les courtes séquences de travail. Or, lorsque ces découpages créent de véritables « trous » dans la journée, certaines conventions collectives prévoient une protection spécifique, en interdisant un nombre excessif de coupures ou en conditionnant la répartition des horaires à l’accord du salarié. La prime de brisure peut alors intervenir comme une compensation minimale lorsque l’organisation devient trop morcelée.

Dans le cas des contrats à temps partiel, il faut également tenir compte des règles légales qui encadrent la répartition des horaires et limitent le fractionnement abusif. Par exemple, il est généralement interdit de prévoir plus d’une interruption supérieure à deux heures dans une même journée, sauf accord collectif dérogatoire. Si, malgré tout, l’organisation donne lieu à une coupure importante, la prime de brisure prévue par la convention peut devenir due, même si la durée totale de travail reste limitée. Pour vous, salarié à temps partiel, il est donc recommandé de vérifier que vos plannings respectent à la fois les règles du temps partiel et les dispositions relatives aux brisures.

Modalités de calcul et montants applicables par secteur d’activité

Barèmes conventionnels dans la restauration et l’hôtellerie

Dans l’hôtellerie-restauration, les journées coupées sont fréquentes : un service le midi, un autre le soir, avec parfois une longue interruption en milieu d’après-midi. Les conventions collectives de ce secteur prévoient souvent des indemnités spécifiques pour ces coupures, parfois qualifiées de prime de coupure ou de prime de coupure journalière. Les montants sont généralement forfaitaires et versés par jour ou par service fractionné, sans lien direct avec le taux horaire de base. On peut ainsi trouver des barèmes de quelques euros par jour, revalorisés périodiquement par avenant.

Le mode de calcul peut varier : certaines conventions prévoient une prime fixe par jour dès lors que deux services distincts sont effectués (midi et soir), d’autres conditionnent le versement à une amplitude minimale de la journée ou à une durée de coupure précise. Par exemple, une amplitude supérieure à 10 heures ou une coupure supérieure à 3 heures peut déclencher automatiquement la prime. Pour les employeurs du secteur, maîtriser ces barèmes est crucial pour sécuriser la paie et éviter les rappels de primes en cas de contrôle de l’inspection du travail ou de contentieux prud’homal.

Grilles de rémunération dans le secteur de la sécurité et gardiennage

Dans les entreprises de prévention et de sécurité, les horaires sont souvent organisés en vacations longues, parfois avec des temps morts entre deux missions ou sur un même site. Si la convention collective de branche (IDCC 1351) est surtout connue pour ses règles en matière de prime d’ancienneté, elle prévoit aussi, dans certains accords ou avenants, des dispositions relatives aux interruptions significatives de service. Lorsque le salarié doit, par exemple, assurer une mission tôt le matin puis revenir en fin de journée pour une autre vacation, une prime de brisure ou de coupure peut compenser l’amplitude créée.

Les grilles de rémunération fixent alors un montant forfaitaire par journée « à horaires coupés », parfois modulé selon la durée de la coupure ou le type de site sécurisé (aéroport, site sensible, centre commercial, etc.). Dans les cas les plus avancés, les accords d’entreprise viennent améliorer les minima de branche en prévoyant des montants plus élevés que ceux prévus au niveau national. Pour les agents de sécurité, cette prime peut représenter un complément non négligeable de revenu, surtout lorsqu’ils enchaînent plusieurs journées coupées dans le mois.

Taux horaires et forfaits dans le transport routier de marchandises

Le transport routier de marchandises se caractérise par des temps d’attente, de chargement et de déchargement parfois très longs entre deux séquences de conduite. Ces temps ne sont pas toujours assimilés à du travail effectif et peuvent, selon les textes applicables, donner lieu à des indemnités particulières, proches dans leur logique de la prime de brisure. Certaines conventions collectives ou accords de branche prévoient ainsi des primes pour amplitudes excessives, ou des forfaits pour les temps d’attente imposés en cours de tournée, lorsque le conducteur ne peut pas librement disposer de son temps.

Le calcul peut prendre la forme d’un forfait journalier dès lors que l’amplitude dépasse un certain seuil (par exemple 12 ou 13 heures entre la première et la dernière prise de service), ou d’un taux horaire spécifique appliqué aux heures d’attente non assimilées à de la conduite. Cette mécanique, proche d’une prime de brisure, vise à éviter que les chauffeurs supportent seuls les contraintes de plannings élastiques, liés aux aléas de la logistique, des clients et de la circulation. Ici encore, chaque entreprise peut, par accord, aller au-delà des minima conventionnels pour fidéliser ses conducteurs.

Méthodes de calcul pour les professions de santé et aides à domicile

Les aides à domicile, auxiliaires de vie et certains professionnels de santé libéraux ou salariés sont particulièrement exposés aux journées morcelées : quelques heures le matin, une intervention à midi, puis de nouvelles visites le soir. Dans le secteur de l’aide à domicile, les conventions collectives ont progressivement intégré cette réalité en prévoyant des primes d’horaires coupés ou de discontinuité de journée, assimilables à des primes de brisure. Les montants peuvent être fixés par demi-journée coupée, par amplitude journalière ou par tranche d’interruption supérieure à un seuil donné.

Le calcul repose souvent sur une logique mixte : un forfait par journée fractionnée, éventuellement complété par un pourcentage du salaire horaire pour les amplitudes particulièrement longues. L’objectif est de compenser le temps « perdu » entre deux interventions, durant lequel le salarié ne peut ni enchaîner immédiatement une autre mission, ni vraiment disposer librement de son temps, notamment dans les zones rurales où les déplacements sont longs. Pour les structures d’aide à domicile, intégrer correctement ces primes de brisure dans la politique de rémunération est aussi un levier d’attractivité et de fidélisation dans un secteur en forte tension.

Intégration de la prime de brisure dans la rémunération globale

Impact sur le calcul des cotisations sociales URSSAF

Dès lors qu’elle est versée en contrepartie ou à l’occasion du travail, la prime de brisure constitue en principe un élément de rémunération soumis aux cotisations sociales. Elle entre ainsi dans l’assiette des cotisations URSSAF, des contributions chômage, de la CSG-CRDS et, sauf exception, est également imposable sur le plan fiscal. Contrairement à certaines indemnités de frais professionnels, elle ne vise pas à rembourser une dépense précisément justifiée, mais à compenser un désagrément lié à l’organisation des horaires. Elle suit donc le régime classique des compléments de salaire.

Pour l’employeur, cela implique d’intégrer systématiquement la prime de brisure dans la base des déclarations sociales (DSN) et de veiller à son paramétrage correct dans le logiciel de paie. Un mauvais traitement – par exemple, une exonération abusive de cotisations en la qualifiant à tort de remboursement de frais – peut entraîner un redressement en cas de contrôle URSSAF. Vous vous demandez si votre prime pourrait bénéficier d’un régime de faveur ? À moins que la convention collective ou un dispositif légal spécifique ne la rattache clairement à des frais professionnels dûment évalués, elle restera traitée comme un salaire.

Prise en compte dans le salaire minimum conventionnel

La question de la prise en compte de la prime de brisure pour vérifier le respect du salaire minimum conventionnel (ou du Smic) est délicate. La jurisprudence Cass. soc., 5 juin 2019, l’a rappelé avec force : une prime qui ne rémunère pas directement un travail effectif ne peut pas être intégrée pour s’assurer du respect des minima. La prime de brisure, lorsqu’elle indemnise un temps de pause ou d’interruption pendant lequel le salarié n’est pas à la disposition de l’employeur, doit donc être exclue du calcul du salaire de base à comparer au minimum conventionnel, sauf texte contraire expressément prévu par la convention collective.

Concrètement, si un employeur verse un salaire juste au niveau du minimum conventionnel et complète la rémunération par une prime de brisure importante, il ne peut pas se retrancher derrière cette prime pour prétendre respecter les minima. En cas de contrôle ou de contentieux, le juge recalculera la rémunération en isolant le salaire de base et les primes directement liées à la performance ou à la productivité (primes d’objectifs, de rendement, commissions…) et écartera la prime de brisure de cette comparaison. Si vous suspectez une telle pratique dans votre entreprise, il peut être utile de demander un examen détaillé de votre bulletin de paie.

Incidence sur les indemnités de congés payés et primes d’ancienneté

La prime de brisure, en tant qu’élément de rémunération lié à l’organisation du travail, peut avoir des incidences sur d’autres composantes de la paie, comme les congés payés ou la prime d’ancienneté. En principe, les indemnités de congés payés sont calculées soit sur la base du dixième de la rémunération brute perçue pendant la période de référence, soit selon le maintien de salaire. Dans le calcul au dixième, toutes les sommes à caractère salarial, y compris les primes de brisure, sont prises en compte, dès lors qu’elles sont versées de manière régulière. Autrement dit, si vous bénéficiez fréquemment de cette prime, elle augmente mécaniquement votre indemnité de congés payés.

En revanche, la prime d’ancienneté est généralement calculée sur la base du salaire de base ou du minimum conventionnel lié à votre coefficient. De nombreuses conventions prévoient explicitement que les primes particulières ne sont pas intégrées dans cette assiette. La prime de brisure ne vient donc pas majorer la base de calcul de votre ancienneté, sauf disposition conventionnelle plus favorable. Là encore, la clé est dans le texte : il faut vérifier si la convention évoque la prise en compte de « l’ensemble des éléments de rémunération » ou seulement « le salaire de base » pour calculer la prime d’ancienneté.

Obligations de l’employeur et mentions sur le bulletin de paie

Ligne dédiée et libellé obligatoire sur le bulletin de salaire

La transparence du bulletin de paie impose que chaque élément de rémunération soit identifiable. La prime de brisure doit donc figurer sur une ligne distincte, avec un libellé suffisamment clair : « prime de brisure », « prime d’horaires coupés » ou toute appellation prévue par la convention collective. Cette individualisation permet au salarié de comprendre ce qu’il perçoit, de vérifier le bon respect des barèmes conventionnels et, le cas échéant, de contester un oubli ou une erreur de calcul. Un libellé trop vague (« prime diverses ») est à éviter, car il complique la lecture et peut être source de litige.

Pour l’employeur, l’utilisation d’une ligne dédiée facilite également les contrôles internes et externes (inspection du travail, URSSAF, commissaire aux comptes) en permettant de justifier rapidement la nature et le montant des sommes versées. C’est un peu comme tenir un inventaire précis : plus chaque élément est bien identifié, moins vous prenez de risque en cas de vérification. En cas de doute, il est recommandé de se référer aux modèles de bulletins proposés par les éditeurs de paie ou par les organisations professionnelles de la branche.

Documentation du planning et traçabilité des horaires coupés

Pour justifier le versement – ou l’absence de versement – d’une prime de brisure, l’employeur doit être en mesure de prouver l’organisation concrète des horaires de travail. Cela passe par une documentation rigoureuse des plannings, des relevés d’heures et, dans certains secteurs, des feuilles de route ou des bordereaux de mission. En cas de contestation, les juges examineront ces documents pour déterminer si les conditions de déclenchement de la prime (durée de la coupure, amplitude de la journée, nombre de services distincts, etc.) étaient réunies.

On peut comparer cette traçabilité à un « journal de bord » : sans enregistrement précis des horaires, il devient difficile de reconstituer la réalité du travail. Pour vous, salarié, conserver vos propres notes (copies des plannings affichés, courriels de consignes horaires, agendas personnels) peut s’avérer précieux si vous devez, un jour, démontrer que vous auriez dû bénéficier de la prime de brisure. Pour l’employeur, une bonne organisation des plannings et une validation systématique des heures réellement effectuées sont les meilleurs outils de prévention des litiges.

Sanctions en cas de non-versement et recours prud’homal

Lorsque la prime de brisure est prévue par une convention collective ou un accord d’entreprise, son versement devient une obligation pour l’employeur dès lors que les conditions sont réunies. Le non-versement constitue alors un manquement à l’obligation de rémunération, pouvant justifier un rappel de salaire et, dans certains cas, des dommages-intérêts. Le salarié dispose d’un délai de 3 ans pour réclamer ces sommes non versées, conformément au délai de prescription applicable aux actions en paiement de salaire.

En pratique, la démarche commence souvent par une demande écrite adressée à l’employeur ou au service des ressources humaines, en joignant, si possible, des éléments démontrant la réalité des horaires coupés. En l’absence de réponse satisfaisante, le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir le paiement des primes de brisure dues, avec les congés payés afférents. Les juges vérifieront alors l’application correcte de la convention collective et pourront, le cas échéant, condamner l’employeur à régulariser la situation pour l’ensemble de la période non prescrite.

Négociation collective et accords d’entreprise sur la prime de brisure

Marge de manœuvre des partenaires sociaux et CSE

La prime de brisure est un terrain privilégié de la négociation collective. Les partenaires sociaux – organisations syndicales représentatives et direction – disposent d’une marge de manœuvre importante pour adapter les dispositifs de rémunération aux réalités de l’entreprise. Le comité social et économique (CSE) joue également un rôle clé en remontant les difficultés rencontrées par les salariés et en formulant des propositions d’aménagement des horaires ou de revalorisation des primes. Dans de nombreux secteurs, les accords d’entreprise complètent ainsi les dispositions de branche en précisant les conditions de déclenchement et les montants de la prime de brisure.

Vous vous demandez si votre entreprise peut négocier un régime plus favorable que celui de la convention collective ? La réponse est oui, dès lors qu’il s’agit d’améliorer la situation des salariés. Un accord d’entreprise peut, par exemple, abaisser le seuil de durée de la coupure ouvrant droit à la prime, augmenter les montants forfaitaires ou étendre le bénéfice de la prime à des catégories de personnel qui en étaient exclues au niveau de la branche. Cette souplesse permet de tenir compte des particularités locales, de la taille de l’établissement ou des contraintes propres à certains métiers.

Amélioration des conditions légales par accord d’entreprise

Au-delà des règles minimales fixées par la loi (temps de pause, durée maximale de travail, repos quotidien), un accord d’entreprise peut instaurer un véritable « statut » de la journée coupée, avec un dispositif complet de prime de brisure. Par exemple, il peut prévoir une prime augmentant en fonction du nombre de jours coupés dans le mois, instaurer un plafond annuel de journées brisées ou encore conditionner la mise en place d’horaires coupés à la consultation préalable du CSE. Dans certains cas, l’accord peut aussi lier la prime de brisure à d’autres avantages, comme la prise en charge de repas ou de transports, pour compenser la difficulté d’occuper sereinement le temps de coupure.

Cette logique d’amélioration est d’autant plus pertinente que les horaires fractionnés sont souvent vécus comme une contrainte forte et un facteur de pénibilité organisationnelle. En transformant la prime de brisure en outil de reconnaissance et de compensation, l’entreprise peut réduire le ressenti négatif et limiter le turnover. C’est un peu comme installer un amortisseur sur un véhicule : on ne supprime pas les chocs, mais on en réduit l’impact sur ceux qui les subissent.

Exemples d’accords négociés dans la grande distribution et la propreté

Dans la grande distribution, les accords d’entreprise traitent fréquemment des temps de coupure entre la matinée et la fin de journée, notamment pour les postes en caisse ou en rayon. Certains hypermarchés ont ainsi mis en place des primes de brisure spécifiques dès lors que l’amplitude dépasse un certain seuil (par exemple 11 heures), avec un montant forfaitaire par jour coupé et un mécanisme de majoration au-delà d’un certain nombre de jours par mois. D’autres accords prévoient une limitation stricte du recours aux journées à horaires coupés, la prime jouant alors un rôle dissuasif pour l’employeur.

Dans le secteur de la propreté, les salariés interviennent souvent tôt le matin et tard le soir, ce qui génère des amplitudes importantes avec de longues interruptions en journée. Plusieurs accords d’entreprise ont donc institué des primes de coupure ou de discontinuité de journée, proportionnelles à la durée de la coupure ou forfaitaires par demi-journée coupée. Ces dispositifs permettent de reconnaître la contrainte d’une journée « éclatée » en plusieurs missions et constituent un levier pour attirer et fidéliser les agents dans un secteur où les recrutements sont parfois difficiles. Pour les salariés comme pour les employeurs, bien comprendre et bien négocier la prime de brisure devient ainsi un enjeu stratégique d’équilibre entre performance économique et qualité de vie au travail.